Le rappeur marocain Mehdi El Youbi, connu pour ses prises de position controversées, arrêté à Casablanca

Le rappeur et cinéaste marocain Mehdi El Youbi (Mehdi Vent Noir) a été arrêté à Casablanca, alimentant les inquiétudes concernant la répression des militants de la génération Z et la liberté d'expression.

A
Staff Writer
Publié le 14/07/2026 23:57
Le rappeur marocain Mehdi El Youbi, connu pour ses prises de position controversées, arrêté à Casablanca

L'arrestation de Mehdi Black Wind

Dans une décision qui a suscité une vive inquiétude parmi les défenseurs des droits de l'homme et la communauté artistique, le gouvernement marocain a arrêté Mehdi El Youbi, un rappeur et cinéaste de renom connu pour ses commentaires sociaux et politiques incisifs. Plus connu sous son nom de scène Mehdi Black Wind, El Youbi a été arrêté à Casablanca lundi soir après une journée d'interrogatoire par la Brigade nationale de police judiciaire du Maroc.

Cette arrestation constitue un retournement de situation choquant, survenant quelques jours seulement après que l'artiste se soit vu interdire de retourner en France, pays où il réside depuis 2017. Selon des communiqués de ses soutiens, la famille d'El Youbi a été informée de son arrestation vers 21h00, avec l'ordre de le faire comparaître devant un procureur mercredi.

Une voix pour les laissés-pour-compte

Né en 1992, Mehdi El Youbi a accédé à la célébrité au début des années 2010, au moment même où le Printemps arabe secouait la région. Sa musique, fortement influencée par l'énergie brute du hip-hop américain, est passée du simple divertissement à un outil d'engagement politique. Ses textes abordent souvent l'injustice systémique, les brutalités policières et les luttes de la classe ouvrière marocaine, ce qui lui vaut la réputation d'être l'un des artistes les plus engagés politiquement d'Afrique du Nord. Dans une interview accordée en décembre 2025 à Mosaique Magazine, El Youbi a exprimé une conscience aiguë des risques liés à son art. «Quand je rentre chez moi, j'ai peur d'être arrêté ou interdit de séjour», a-t-il confié. Il s'est également prononcé contre la «dépolitisation» de l'art et du sport, affirmant que tout militant véritablement engagé doit naviguer sur la fine ligne entre audace et peur. Les défenseurs des droits humains affirment que la détention d'El Youbi n'est pas un cas isolé, mais s'inscrit dans une répression plus large et intensifiée des voix critiques. Omar Radi, journaliste d'investigation et militant des droits humains précédemment emprisonné pour avoir critiqué le pouvoir judiciaire, a déclaré à Al Jazeera qu'il existe une « tentative délibérée » de l'État d'éradiquer toute critique dans tous les secteurs, de la presse et la société civile aux milieux artistiques et aux supporters de football.

Le moment choisi pour cette arrestation est particulièrement révélateur, coïncidant avec plusieurs autres répressions très médiatisées:

  • Répression journalistique: L'arrestation du journaliste Ali Lmrabet, qui a suscité la condamnation du Comité pour la protection des journalistes.
  • Ciblage de la génération Z: La récente condamnation de Zineb Kharroubi, figure clé du mouvement Gen Z 212, à six mois de prison avec sursis pour «incitation» par voie électronique.

Le mouvement de la génération Z et les troubles sociaux

Les partisans de ce mouvement lient ces arrestations à la montée en puissance du mouvement de protestation mené par les jeunes. Apparu l'an dernier, ce mouvement, porté par la génération Z, réclame des réformes urgentes des services de santé et d'éducation, reflétant une profonde frustration face au statu quo socio-économique. En ciblant des personnalités comme El Youbi, les militants estiment que le gouvernement tente de démanteler le leadership culturel et intellectuel de cette rébellion de la jeunesse en pleine expansion. Alors que Mehdi El Youbi s'apprête à comparaître devant le procureur, une préoccupation majeure se pose: l'absence de représentation légale. Ses soutiens craignent qu'il ne soit contraint de comparaître sans avocat en raison d'une grève en cours des juristes marocains. Cette potentielle violation des droits de la défense ajoute une source d'inquiétude supplémentaire pour les observateurs internationaux qui suivent la situation des droits de l'homme et de la liberté d'expression au Maroc.

Source: www.aljazeera.com

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