Des organisations américaines de défense des droits civiques contestent les sanctions imposées par l'administration Trump à la Cour pénale internationale.
DAWN et TAAG déposent une plainte contre l'administration Trump, affirmant que les sanctions contre la Cour pénale internationale (CPI) violent les droits du Premier Amendement des citoyens américains.

Dans une escalade juridique significative, deux organisations importantes basées à Washington, D.C. ont déposé une plainte contestant le régime de sanctions agressif de l’administration Trump contre la Cour pénale internationale (CPI). L’action en justice, intentée par l’organisation de défense des droits humains DAWN et l’Alliance des contribuables contre le génocide (TAAG), soutient que ces sanctions constituent un abus de pouvoir exécutif et une violation directe des droits constitutionnels des citoyens américains.
Le cœur du litige réside dans une série de décrets présidentiels initiés en février 2025. Ces mesures ont été mises en œuvre par l’administration Trump en réponse directe à l’émission par la CPI de mandats d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et l’ancien ministre de la Défense Yoav Gallant, visant leur rôle présumé dans des actions à Gaza.
Mise à l’écart de la liberté d’expression et de la défense des droits humains
Les plaignants affirment que les sanctions ne sont pas de simples outils diplomatiques, mais sont utilisées pour contrôler l’expression politique de millions d’Américains. En imposant des sanctions aux fonctionnaires, juges et procureurs de la CPI, ainsi qu'aux personnes et organisations qui soutiennent leurs enquêtes, l'administration Trump entrave de fait la liberté d'expression.
Selon la plainte, ces mesures violent le Premier Amendement, limitant la capacité des citoyens américains à défendre les droits humains liés à la Palestine. Les groupes affirment que les sanctions empêchent les Américains de communiquer avec les tribunaux internationaux et de fréquenter les parties sanctionnées, créant ainsi un « climat de peur » pour ceux qui cherchent à obtenir justice pour les crimes internationaux.
La bataille juridique : l'IEEPA et la Constitution
Un point central de cette action en justice porte sur la loi de 1977 relative aux pouvoirs économiques d'urgence internationaux (IEEPA). La plainte soutient que l'administration Trump a fait un usage abusif de cette loi, qui interdit explicitement au président d'utiliser les sanctions pour restreindre les « communications personnelles » ou la transmission de « documents d'information ».
Ce n'est pas la première fois que l'approche de l'administration Trump vis-à-vis de la CPI fait l'objet d'un examen judiciaire. Un juge fédéral de New York s'était précédemment prononcé en faveur de deux professeurs de droit, estimant que les sanctions portaient atteinte à leur droit, garanti par le Premier Amendement, de conseiller le procureur de la CPI. Par ailleurs, les sanctions imposées à la Rapporteuse spéciale des Nations Unies, Francesca Albanese, avaient été brièvement levées par un tribunal en mai, avant d'être rétablies en appel.
Une campagne «intégrale du gouvernement» pour démanteler la CPI
Cette action en justice intervient alors que le gouvernement américain affiche une position plus agressive à l'égard de la Cour de La Haye. Le secrétaire d'État américain, Marco Rubio, a récemment promis une «réponse globale du gouvernement» pour démanteler la CPI, affirmant que la Cour menace l'intégrité du système politique et juridique américain.
Bien que les États-Unis ne soient pas signataires du Statut de Rome et ne reconnaissent donc pas la compétence de la CPI sur leurs propres citoyens, la Cour soutient qu'elle peut enquêter sur les crimes commis sur le territoire des États membres. Cela a engendré des tensions persistantes concernant les actions des militaires et des agents du renseignement américains en Afghanistan, ainsi que la situation actuelle à Gaza.
Voix pour la justice
Omar Shakir, directeur exécutif de DAWN, a qualifié les tactiques de l'administration d'« instrument brutal » utilisé pour punir les défenseurs des droits humains. Son avocat, Joseph Pace, a souligné que si le gouvernement américain a le pouvoir de défendre sa position sur la scène internationale, il ne peut légalement criminaliser des citoyens américains pour avoir exprimé un point de vue différent devant une cour internationale ou pour avoir demandé justice pour des crimes de guerre présumés.
À mesure que la bataille juridique progresse, elle constitue un test crucial de l'équilibre entre les intérêts de sécurité nationale et les droits constitutionnels fondamentaux des citoyens américains à défendre les droits humains internationaux.