Indignation à Bologne : des manifestations éclatent après la mort d’un ressortissant marocain lors d’une arrestation policière.
Bologne, en Italie, est le théâtre de violentes manifestations après la mort d'Abderrahim Fakir, un Marocain, lors de son arrestation par la police, suscitant des comparaisons avec George Floyd et des accusations de brutalités policières.

Tensions explosives dans le nord de l'Italie
La ville de Bologne est devenue l'épicentre de violentes manifestations suite à la mort d'Abderrahim Fakir, un entrepreneur marocain de 42 ans. Pendant deux nuits consécutives, les rues de cette ville du nord de l'Italie ont été envahies par des manifestants réclamant justice, l'incident suscitant un débat national sur les violences policières et le traitement des immigrés en Italie.
La situation a dégénéré lundi soir lorsque des centaines de manifestants se sont rassemblés, donnant lieu à de violents affrontements avec les forces de l'ordre. La police a utilisé des gaz lacrymogènes et des canons à eau pour disperser la foule, tandis que certains manifestants ont riposté en lançant des pétards. Ces troubles témoignent d'une colère profonde face aux circonstances de la mort de Fakir lors d'une tentative d'arrestation la veille au soir.
L'incident: une tragédie virale
La tragédie a été filmée par un habitant et largement diffusée sur les réseaux sociaux. Les images montrent Fakir plaqué au sol, face contre terre, maîtrisé par deux policiers. Sur l'enregistrement, on l'entend supplier à plusieurs reprises, criant «au secours, au secours, ça suffit!», avant de se taire. Des témoins et des critiques ont relevé un détail troublant: les policiers ont continué à lui attacher les chevilles avant de vérifier ses signes vitaux. Selon les rapports, la police aurait utilisé du gaz poivre et l'aurait maintenu au sol après qu'il aurait réagi violemment à son arrestation. Le frère de Fakir, s'exprimant auprès du Corriere della Sera, a fait part de la douleur de sa famille: «Mon frère a demandé de l'aide… et ils l'ont tué.» Les images de cette arrestation ont immédiatement et fortement rappelé la mort de George Floyd à Minneapolis en 2020, qui a déclenché des manifestations mondiales contre le racisme systémique et les violences policières. Dans un geste symbolique de solidarité et de protestation, de nombreux manifestants à Bologne se sont agenouillés, poings levés, en hommage direct au mouvement Black Lives Matter.
Cette tragédie a également déclenché une vive bataille politique. Le député de centre-gauche Francesco Boccia a averti que l'Italie risquait d'adopter un « modèle ICE » de maintien de l'ordre, en référence à l'agence américaine de l'immigration et des douanes (ICE), qui a fait face à des accusations similaires de recours excessif à la force et de décès lors d'arrestations.
Un paysage politique divisé
Le gouvernement italien reste profondément divisé sur cet événement. Le vice-Premier ministre Matteo Salvini et des membres de la coalition d'extrême droite ont pris la défense des policiers, louant leur conduite et qualifiant les manifestations publiques d'inacceptables. Le ministre des Affaires européennes, Tommaso Foti, est allé plus loin, qualifiant de « honteux » les slogans accusant les policiers d'« assassins ».
À l'inverse, les manifestations ont reçu un soutien important du maire de Bologne et de plusieurs grands syndicats. Des politiciens de l'opposition ont accusé le gouvernement actuel de favoriser un climat propice à la violence par le biais de politiques policières agressives. En réponse à l'indignation publique, le parquet de Bologne a ouvert une enquête formelle. Celle-ci est menée selon une nouvelle procédure légale visant à garantir la transparence dans les cas de décès en détention. Les enquêteurs ont officiellement demandé aux policiers impliqués de leur fournir les enregistrements des caméras corporelles afin de déterminer si la force employée était proportionnée et si l'absence de soins médicaux immédiats a contribué au décès de Fakir.