Lutte de pouvoir ou front unifié ? Décryptage de la structure de commandement iranienne dans un contexte d'escalade du conflit avec les États-Unis

Analysez les dynamiques de pouvoir internes en Iran durant son conflit avec les États-Unis. Découvrez comment les Gardiens de la révolution iraniens, le président Pezeshkian et Mojtaba Khamenei gèrent la crise.

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Staff Writer
Publié le 15/07/2026 15:57
Lutte de pouvoir ou front unifié ? Décryptage de la structure de commandement iranienne dans un contexte d'escalade du conflit avec les États-Unis

La bataille du récit: chaos contre cohésion

Suite à un conflit dévastateur qui a vu l’assassinat de l’ancien guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, et de plusieurs hauts responsables, la dynamique interne du gouvernement iranien est devenue un sujet central de spéculation géopolitique. Depuis Washington, le président américain Donald Trump a dressé le tableau d’un pouvoir en ruine, affirmant que les autorités iraniennes se déchirent au point que «personne ne sait qui est aux commandes».

Cependant, la réalité sur le terrain à Téhéran suggère une stabilité plus calculée, quoique fragile. Alors que les États-Unis tentent de projeter l'image d'un régime confus et incohérent, les autorités iraniennes ont contré cette stratégie en maintenant une position ferme et unifiée sur leur priorité stratégique la plus cruciale: le contrôle du détroit d'Ormuz.

L'ascension de l'élite sécuritaire

Face à la persistance du conflit, le centre de gravité du pouvoir de décision iranien s'est déplacé de manière décisive vers l'appareil militaire et sécuritaire. Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) n'est plus seulement un bras armé de l'État; il est de plus en plus le principal artisan de sa politique étrangère. Cette «élite sécuritaire» a présenté un front monolithique, choisissant d'intensifier les opérations militaires plutôt que de reculer sous la pression américaine.

Parmi les figures clés qui pilotent cette stratégie figurent Ahmad Vahidi, commandant en chef du CGRI, et Ali Abdollahi, chef du commandement conjoint des opérations de guerre. Ils sont soutenus par Ali Azmaei, le nouveau commandant de la marine des Gardiens de la révolution, chargé de faire respecter les strictes directives maritimes de l'Iran dans le détroit d'Ormuz. Ces dirigeants sont récemment sortis de l'ombre, multipliant les apparitions publiques pour signaler leur détermination à consolider leurs acquis militaires. La coordination est assurée par Mohammad Bagher Zolghadr, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale. Vétéran de la vieille garde des Gardiens de la révolution, Zolghadr a adopté une ligne dure: les négociations ne sont envisageables que dans un contexte de force et de domination militaire, garantissant ainsi que les alliés soutenus par Téhéran au Liban et ailleurs restent partie intégrante de la stratégie de défense nationale. Les diplomates marginalisés et la lutte présidentielle: à l'opposé de l'aile militaire montante, le gouvernement civil se trouve dans une situation précaire. Le président Massoud Pezeshkian, qui a toujours œuvré pour des résolutions diplomatiques, semble exercer une influence nettement moindre que ses homologues militaires. Malgré son rôle officiel de chef du Conseil de sécurité, Pezeshkian est souvent perçu comme une figure de proue, devenant fréquemment le bouc émissaire des initiatives diplomatiques infructueuses. Dans une récente allocution télévisée, Pezeshkian a tenté de calmer les rumeurs de dissension entre la présidence et l'armée, déclarant : « Je les défendrai fermement et j'en suis honoré. » Cet effort pour afficher l'unité intervient à un moment où les médias d'État, influencés par les conservateurs, s'efforcent de présenter le gouvernement et l'armée comme des entités distinctes – un récit que le président qualifie d'invention israélienne. Le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, et le négociateur en chef, Mohammad Bagher Ghalibaf, soutiennent cet effort diplomatique. Ghalibaf, ancien commandant des Gardiens de la révolution et maire de Téhéran, est idéalement placé pour faire le lien entre le pouvoir théocratique et le corps diplomatique. Cependant, tous deux font face à une surveillance accrue et à l'hostilité des factions les plus extrémistes du régime.

Factions radicales et l'ombre du nouveau Guide

L'élément le plus intransigeant du pouvoir iranien est le Front Paydari, dirigé par Saeed Jalili. Cette faction, qui exerce une influence considérable sur le Parlement et les médias d'État, refuse toute concession aux États-Unis, quel qu'en soit le coût humanitaire ou économique. Son influence est manifeste lors des récentes sessions parlementaires, où des députés ont appelé à venger la mort de l'ayatollah Khamenei.

Au sommet de cette hiérarchie complexe se trouve Mojtaba Khamenei, le fils du défunt Guide suprême. Bien qu'il ait hérité du pouvoir absolu, il ne jouit pas encore de l'influence unique et incontestée de son père. Agissant principalement dans l'ombre, Mojtaba est soutenu par l'élite militaro-sécuritaire et a récemment réaffirmé son engagement envers une « mission divine » de vengeance. Si Mojtaba a autorisé certains mémorandums d'entente pour éviter un effondrement total immédiat, il ne l'a fait qu'après que le Conseil de sécurité a accepté l'entière responsabilité des conséquences. Cela suggère un style de leadership prudent, déléguant les risques tout en conservant le pouvoir ultime de veto ou de validation des actions de l'État.

Source: www.aljazeera.com

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