Le prix mortel du désespoir : face à l'effondrement économique, les Yéménites se tournent vers des alternatives énergétiques dangereuses.

Face à l'effondrement économique, des Yéménites désespérés se tournent vers des batteries solaires non réglementées et des véhicules convertis au gaz de cuisson, ce qui entraîne une recrudescence des incendies et des explosions meurtrières.

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Staff Writer
Publié le 12/07/2026 15:41
Le prix mortel du désespoir : face à l'effondrement économique, les Yéménites se tournent vers des alternatives énergétiques dangereuses.

Un matin paisible brisé par la tragédie

À Taïz, au Yémen, le calme matinal d'un jour de semaine ordinaire a été brutalement interrompu par une explosion dévastatrice. Pour Najib Abdullah et sa famille, ce qui avait commencé comme une aube paisible s'est transformé en cauchemar lorsqu'un incendie a rapidement ravagé leur maison dans le quartier de Beer Basha. La cause? Un appareil courant dans les foyers yéménites: une batterie au lithium servant à stocker l'énergie solaire.

Les conséquences ont été catastrophiques. Le Dr Mohammed Saeed, chef du service des urgences du centre des grands brûlés de l'hôpital général Al-Thawra, a confirmé le bilan effroyable: une mère et deux de ses enfants ont péri dans l'incendie, tandis que le père est toujours dans un état critique en soins intensifs. Cette tragédie n'est cependant pas un cas isolé; C’est le symptôme d’une crise systémique plus vaste où le désespoir pousse les citoyens à recourir à des solutions de fortune dangereuses pour satisfaire leurs besoins fondamentaux.

Le paradoxe solaire: énergie propre, mise en œuvre mortelle

Dans des gouvernorats comme Taïz, le réseau électrique public est quasiment inexistant. Confrontés au choix entre des générateurs privés hors de prix et l’énergie solaire gratuite, de nombreux Yéménites se sont tournés vers l’énergie solaire. Si, en théorie, il s’agit d’une «révolution environnementale», sa mise en œuvre est devenue un danger pour la santé publique.

Le danger ne réside pas dans la technologie solaire elle-même, mais dans le manque d’installations professionnelles et la mauvaise qualité du matériel. En raison de l’extrême pauvreté, de nombreux propriétaires tentent d’installer eux-mêmes ces systèmes pour économiser de l’argent ou font appel à des techniciens non qualifiés. L’ingénieur électricien Dawood Abdullah explique que les protocoles de sécurité essentiels sont fréquemment ignorés. Les batteries sont souvent placées dans les pièces à vivre plutôt que dans des espaces bien ventilés, et des composants contrefaits de mauvaise qualité sont utilisés, ce qui augmente considérablement le risque de fuites chimiques et d'explosions. Ramez Nabil, du Centre yéménite des médias verts (YGMC), décrit l'énergie solaire comme une «solution d'urgence», mais prévient que sans campagnes de sensibilisation et de réglementation urgentes, cette source d'énergie propre continuera d'être une source d'accidents mortels dans les foyers. Les véhicules transformés en «bombes à retardement»: la crise énergétique s'étend au-delà des foyers et gagne les rues. Avec des prix de l'essence qui montent en flèche – atteignant environ 1500 riyals yéménites (environ 0,95$) le litre – les automobilistes cherchent par tous les moyens à faire rouler leurs véhicules. L'alternative est le gaz de cuisine, qui coûte beaucoup moins cher, environ 500 riyals (0,30 $) le litre.

Cette disparité de prix a engendré une pratique dangereuse: la conversion non réglementée des moteurs à essence pour fonctionner au gaz de cuisine. Ammar Saleh, un chauffeur de 40ans originaire du quartier de Mawza’a, est l'une des nombreuses victimes de ce jeu dangereux. Alors qu'il tentait de remplir son réservoir modifié, une étincelle à proximité a provoqué une violente explosion qui l'a grièvement brûlé. Son frère, Mohammed, a admis que de nombreux chauffeurs considèrent ce risque comme une fatalité, soulignant ainsi le coût psychologique de la précarité économique.

Une crise croissante de la sécurité publique

L'ampleur du problème se reflète dans les statistiques de l'hôpital Al-Thawra. Au cours des six premiers mois de cette année seulement, le service des grands brûlés a traité 2729cas, dont 13décès. Une part importante de ces blessures est due à l'explosion de batteries solaires et à des incendies de véhicules provoqués par des conversions au gaz. Malik Al-Sabri, responsable de la planification et de l'information pour la police de Taïz, indique que les incidents liés aux batteries représentent désormais 30 à 40 % de tous les incendies d'habitation dans le gouvernorat. Bien que la Protection civile ait officiellement interdit les conversions de véhicules non autorisées et s'efforce de faire respecter les normes de sécurité, un marché noir florissant de mécaniciens clandestins continue de prospérer, répondant aux besoins de ceux qui n'ont tout simplement pas les moyens de rouler à l'essence. Alors que le Yémen continue de lutter contre l'instabilité économique et le conflit, la transition vers les énergies alternatives, bien que nécessaire, demeure un parcours périlleux pour ceux qui ne peuvent se permettre le luxe de la sécurité.

Source: www.aljazeera.com

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