La crise en mer Rouge s'aggrave : les rebelles houthis décrètent un blocus naval total de l'Arabie saoudite
Les rebelles houthis du Yémen ont décrété un blocus naval de l'Arabie saoudite en représailles aux attaques contre ses aéroports, menaçant ainsi l'approvisionnement mondial en pétrole et le détroit de Bab el-Mandeb.

Un nouveau front dans le conflit régional
Dans une initiative qui menace de déstabiliser les marchés mondiaux de l'énergie et de déclencher une guerre régionale plus vaste, le mouvement houthi au Yémen – officiellement connu sous le nom d'Ansar Allah – a décrété un blocus naval immédiat contre l'Arabie saoudite. Ce changement stratégique agressif marque une escalade significative dans le conflit qui dure depuis une décennie entre les rebelles soutenus par l'Iran et la coalition dirigée par l'Arabie saoudite, qui soutient le gouvernement yéménite internationalement reconnu depuis 2015.
Cette annonce, faite lundi, fait suite à une série d'échanges de tirs violents qui ont brisé une période de calme relatif. Les Houthis ont présenté cette décision comme une mesure de représailles, invoquant explicitement le principe du «œil pour œil».
L'élément déclencheur: attaques contre des aéroports et tirs de missiles
Le blocus a été immédiatement déclenché par une récente attaque contre l'aéroport international de Sanaa. Alors que les Houthis ont imputé la frappe à l'Arabie saoudite, le gouvernement yéménite internationalement reconnu en a revendiqué la responsabilité, affirmant que l'opération était nécessaire pour empêcher un avion iranien d'atterrir dans la capitale. Les Houthis ont riposté presque instantanément en lançant une salve de missiles balistiques visant l'aéroport international d'Abha, en Arabie saoudite. La coalition dirigée par l'Arabie saoudite a toutefois indiqué que la plupart de ces projectiles avaient été interceptés avec succès. Ce cycle de violence est aggravé par la reprise des combats à Hodeïda, ville portuaire cruciale. Les affrontements qui s'y déroulent menacent de réduire à néant quatre années d'une paix fragile, fruit d'accords de trêve temporaires, signe que l'impasse du « ni guerre, ni paix » au Yémen est en train de se rompre. Points de passage stratégiques : la menace de Bab el-Mandeb. La communauté internationale est particulièrement préoccupée par la capacité des Houthis à militariser le détroit de Bab el-Mandeb. Ce passage maritime étroit, qui sépare le Yémen de Djibouti et de l'Érythrée, est l'une des voies maritimes les plus vitales au monde. À son point le plus étroit, il ne mesure que 29 kilomètres (18 miles) de large, servant de passage entre la mer Rouge et le golfe d'Aden.
Les conséquences économiques sont considérables. Rien qu'en 2024, environ 4,1 milliards de barils de pétrole brut et de produits pétroliers raffinés ont transité par le détroit, soit environ 5 % du total mondial. Le détroit d'Ormuz étant déjà de facto fermé en raison de l'escalade du conflit israélo-américain contre l'Iran, la fermeture du détroit de Bab el-Mandeb pourrait potentiellement bloquer jusqu'à 25 % de l'approvisionnement mondial en pétrole et en gaz, entraînant une extrême volatilité des prix sur les marchés mondiaux de l'énergie.
Les conséquences économiques pour l'Arabie saoudite
Pour le Royaume d'Arabie saoudite, ce blocus porte un coup direct à sa sécurité économique. Avec le blocage des routes orientales via le détroit d'Ormuz, Riyad est devenu fortement dépendant de son oléoduc Est-Ouest, connu sous le nom de Petroline. Cet oléoduc de 1201 km transporte le pétrole du champ d'Abqaiq, à l'est, jusqu'au port de Yanbu, sur la mer Rouge, à l'ouest. Les données de Kpler et Signal Ocean révèlent un changement radical des flux maritimes: les exportations de Yanbu ont atteint en moyenne quatre millions de barils par jour, contre moins d'un million un an auparavant. En déclarant un blocus, les Houthis ciblent la voie de communication essentielle que l'Arabie saoudite utilise pour contourner la crise iranienne dans le golfe Persique. Perspectives: une région au bord du gouffre. Les Houthis ont appelé à la mobilisation générale et aux armes, avertissant que toute riposte saoudienne entraînerait une réaction globale et décisive. Alors que le groupe se présente comme le rempart contre ce qu'il qualifie de siège injuste de douze ans des ports et aéroports yéménites, le risque d'une reprise des hostilités est plus élevé que jamais. La conjonction du blocus houthi, du bras de fer irano-américain et de l'instabilité en mer Rouge crée une situation explosive qui menace le commerce mondial et la paix régionale.